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And Patrick Habis

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Chrétiens d’Orient

N° 66 Eté 2008

Les temps actuels sont particulièrement tragiques pour les Arabes chrétiens. Bien sûr, dans plusieurs pays, leurs souffrances ne font pas exception et leurs concitoyens musulmans pâtissent autant de situations à tout le moins délétères. Les uns et les autres subissent l’occupation (territoires palestiniens), la guerre (Irak), l’incertitude politique et économique (Liban, Égypte).

Cependant, dans certains pays, les chrétiens sont également victimes en tant qu’ils appartiennent à une minorité religieuse. L’Irak offre tous les jours des scènes de violences à leur endroit (enlèvements, meurtres, imposition du voile, incendies d’églises). La mort de Mgr Rahho, l’évêque chaldéen de Mossoul, en mars 2008, et celle de Boulos Iskandar en octobre 2006 après qu’il refusa de se convertir, aussi tragiques soient elles, ne sont que la partie médiatisée de la tragédie que subissent leurs coreligionnaires dans un pays que le président américain George W. Bush voulait ramener à la démocratie.

Dans ce moment de crispation, particulièrement brutal, la revue Confluences Méditerranée souhaite faire un retour sur la situation des chrétiens au Proche-Orient, une question qui a été longtemps éludée. Dans une interview accordée en mars 2008 au quotidien libanais l’Orient le jour, Régis Debray avançait une hypothèse tout à fait recevable pour expliquer ce silence : « Les chrétiens d’Orient sont trop arabes pour les Occidentaux bon teint et trop chrétiens pour les progressistes bon teint. C’est embarrassant, ils ne rentrent pas dans la division simpliste de la région. Sont-ils avec les bons ou les méchants ? »

Le silence sur les minorités en souffrances, quelles qu’elles soient, est coupable. En outre, dans ce cas précis, il montre que l’on est loin d’avoir compris que le maintien de chrétiens dans les sociétés arabes est, à la condition qu’il se fasse dans des conditions dignes, une réponse à la conjecture dangereuse du choc des civilisations. Si d’aventure la ligne de fracture entre chrétiens et musulmans se confortait au cœur des sociétés de la région, alors les prédictions d’Huntington pourraient trouver ici un terrain d’illustration. Mais il semble heureusement que tel ne soit pas le cas, même si cette idée est entretenue par des groupes fondamentalistes qui assimilent les chrétiens arabes aux croisés, avec toutes les conséquences qui se manifestent brutalement à certains endroits comme en Irak.

Les chrétiens ont toujours été parties prenantes des sociétés proche-orientales. Ils ont été souvent – et le sont encore aujourd’hui – engagés dans la vie économique, intellectuelle et politique. Il n’est qu’à considérer leur rôle dans la renaissance arabe (Nahda) ou bien, plus récemment, dans les causes politiques qui ont traversé la région (le nationalisme arabe, la libération de la Palestine), sans compter qu’ils ont été des ferments de laïcité dans certains territoires. Ainsi leur présence, aux côtés de leurs compatriotes musulmans, peut être encore un ferment de démocratie et de séparation des ordres spirituel et politique.

Pierre Blanc, coordinateur du numéro
Fiche technique :
Confluences Méditerranée 2008/3 (N°66). 224 pages..
ISSN : 1148-2664.
Lien : http://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2008-3.htm.

Dossier dirigé par Pierre Blanc