Programmé il y a un an, ce dossier de Confluences
Méditerranée consacré au Maroc paraît, plus de 10 ans
après le numéro spécial précédent*, à un moment particulier
de l’actualité sociale et politique du royaume. Celle-ci est
marquée, depuis février 2011, par une politisation et une
coordination, inédite à l’échelle nationale, des expressions
publiques de protestation, à l’issue de la vague contestataire
partie de Tunisie puis d’Egypte durant l’hiver 2010-2011.
Avec quelques semaines de décalage, le pouvoir central
marocain a, à son tour, été affecté par le vent de révolte
et, sans renoncer à l’usage de la force répressive contre les
manifestants, il a vite réagi par une série de mesures destinées
à apaiser la gronde : relèvement des subventions sur les
produits essentiels, création d’emplois publics, discours royal
du 9 mars 2011 annonçant des réformes institutionnelles,
mise sur pied d’une Commission Consultative de Révision
de la Constitution (mars), organisation d’un référendum
sur ledit projet de réforme constitutionnelle (approuvé à
99 % en juin) et tenue d’élections législatives anticipées
à l’automne 2011. Miroir aux alouettes destiné à
rassurer la communauté internationale, les touristes et les
investisseurs, ou bien poursuite d’un processus de réformes
et de libéralisation politique 2 amorcé dans les années
1990 3 avec la sortie des « années de plomb » ? Comme le
révèlent les diverses contributions de ce numéro, le débat reste ouvert sur le « double désamorçage de 2011 » (J.-N.
Ferrié et B. Dupret) ou « l’appropriation et la neutralisation
des revendications de la société civile » (J. M. Gonzáles
Riera). Seul l’avenir permettra d’évaluer l’inflexion de l’Etat
marocain et d’apprécier l’efficacité des stratégies à l’oeuvre
pour désamorcer la contestation.
*Cf. Confluences Méditerranée, Transition politique au Maroc, n° 31, automne 1999..