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And Patrick Habis

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Palestine : 20 ans après

N° 86 Été 2013

La question de la Palestine est de retour dans l’agenda politique américain. Il s’effectue vingt ans après la signature des accords d’Oslo qui, pour la première fois depuis la guerre des Six jours, avaient semblé ouvrir des perspectives de règlement dans un conflit si central pour les relations internationales. L’entrée dans le processus de paix avait d’abord permis une reconnaissance mutuelle des deux protagonistes ; puis deux ans après, l’accord d’Oslo II avait mis en place un modus vivendi intérimaire dans la perspective d’un règlement définitif qui devait échoir en 1999. Deux décennies après, on attend toujours la suite. Les deux protagonistes de l’accord sont décédés, l’un assassiné par un extrémiste sioniste, l’autre mort dans des conditions qui demeurent encore à clarifier.

Sur le terrain, la rétrocession des territoires s’est très vite enrayée : la Cisjordanie se présente comme un agrégat de poches territoriales discontinues tandis que la bande de Gaza, certes évacuée en 2005, demeure sous la pression d’un blocus israélien très pesant. Alors que le 29 novembre 2012 la Palestine a été accueillie par l’Assemblée générale de l’ONU comme membre observateur, sa souveraineté demeure donc d’un côté très sporadique (quelque 20% du territoire) et de l’autre entravée.

Ainsi, ce qui avait été construit sur le terrain de la confiance a été progressivement détruit. Le passage des années entre 1993 et 1999, sans qu’aucune avancée concrète ne s’observe, a fini par faire basculer les Palestiniens de l’espoir réel d’une paix juste à la désespérance annonciatrice de violences. Quant aux Israéliens, beaucoup parmi eux ont déserté le camp de la paix après l’échec des discussions de Camp David au cours de l’été 2000, que Bill Clinton a présenté comme étant de la seule responsabilité palestinienne. Même si son conseiller diplomatique Robert Malley prit largement ses distances avec cette thèse, le mal était fait. La perte de confiance en Israël faisait face à la désespérance en Palestine.

Après le geste d’Ariel Sharon défilant sur l’esplanade des mosquées, le 28 septembre 2000, pour montrer que Jérusalem demeurait une et indivisible, les Palestiniens, particulièrement frustrés de leur sort, se mobilisèrent rapidement dans ce qui deviendra l’intifada Al Aqsa. Mais sa militarisation, à la différence de la première intifada, servit de prétexte à Ariel Sharon, devenu nouveau Premier ministre en février 2001 d’un pays ayant cédé aux sirènes de la radicalité, pour détruire tous les attributs de l’Autorité palestinienne. Pendant plus de quatre années, les violences de part et d’autre seront terribles : les attentats du Hamas et du Djihad islamique et la brutalité des armes israéliennes se répondront dans une logique de terreur insoutenable ; le grand perdant étant finalement l’Autorité palestinienne, que ni les maximalistes palestiniens, ni les tenants du grand Israël ne voulaient plus voir jouer un rôle politique. Dans ces conditions, le fait accompli territorial israélien s’accéléra, avec une colonisation toujours plus massive en Cisjordanie et à Jérusalem, la poursuite des spoliations de terres et d’eau, les entraves à l’économie palestinienne et la mise en place d’un mur comme marque du divorce entre les deux peuples, mais aussi comme un outil au service de l’annexion de facto d’une partie de la Cisjordanie.

Rien n’a permis ensuite d’inverser ce processus délétère, et surtout pas l’opération Plomb durci lancée à Gaza par Tsahal entre décembre 2008 et janvier 2009, après que cette même armée eut vécu son opération contre le Hezbollah libanais au cours de l’été 2006 comme un semi-échec.

A l’heure où la question de la Palestine fait son retour dans l’agenda politique, on peut évidemment douter de l’issue des négociations. D’une part, le pouvoir politique israélien compte en son sein des maximalistes sionistes. De son côté, la société palestinienne est non seulement très divisée sur le plan territorial mais également sur le plan politique : la fracture entre le Hamas et l’Autorité palestinienne n’arrive pas à se combler, et des acteurs extérieurs comme le Qatar, très actif dans cette période de bouleversement dans l’aire arabe, n’ont rien fait pour améliorer les choses. Quant aux Américains, parrains du processus, on peut douter non pas de leur bonne volonté mais de leur capacité à infléchir les positions d’Israël, qui demeure le réel Peace maker eu égard à sa position dominante dans le conflit et à son emprise dans les territoires palestiniens.

Si les doutes sont immenses sur la réussite du processus entamé récemment, nous ne pouvons toutefois pas abandonner l’espoir d’un règlement en vue d’une paix juste et donc durable, dont l’effet sur la région serait éminemment bénéfique.

Dans ce moment de reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens, nous ne pouvons pas ne pas penser à ce colloque israélo-palestinien, organisé au Sénat en 1989 par ceux qui fondèrent alors la revue Confluences Méditerranée. Ils en faisaient une question centrale pour réussir les confluences entre les rives. Plus de vingt ans après cet évènement, ce diagnostic vaut toujours. Nous ne pouvions donc nous exonérer d’un nouveau retour de notre revue en Palestine tandis que celle-ci fait son retour sur la scène internationale.

Dossier dirigé par Pierre Blanc