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La société libanaise à l’épreuve du drame syrien

N° 92 Hiver 2014 - 2015

20 ans après la fin d’une guerre civile de 15 ans (1975-1990), 10 ans après le départ de l’armée syrienne, qui avait mis le pays en coup réglée, le Liban est confronté depuis près de quatre ans à une nouvelle épreuve qu’aucun Libanais n’aurait pu imaginer. C’est aujourd’hui le tour de son grand voisin d’être déchiré par un conflit atroce, qui avait pourtant démarré comme un soulèvement populaire non violent, tandis que la population syrienne fuit la répression, les bombardements, la crise économique, en se réfugiant dans les pays voisins. La présence de plus d’un million de réfugiés, équivalent au quart de la population résidente du Liban en 2011, bouleverse de fond en comble un équilibre social et politique déjà précaire. Alors que l’accord de Taef de 1989 aurait dû ouvrir la voie à la suppression du système confessionnel, il a débouché sur une paralysie des institutions et un blocage politique total au nom du consensus entre les communautés, renforçant dramatiquement le clientélisme et la corruption. Enfin, au nom de la lutte contre contre Israël, l’adoption du triptyque « Peuple, armée, résistance » a fait du Hezbollah l’arbitre final de toute décision, et contribué à approfondir les clivages communautaires et à entraîner le Liban dans un conflit qui désormais déborde largement sur son territoire. Derrière l’image d’un capitalisme clinquant, d’une société de consommation débridée, d’une vie culturelle particulièrement dynamique, le délabrement des services publics, le creusement des écarts sociaux, la multiplication des poches de pauvreté, sont à l’origine d’une combinaison étonnante de résistances civiles et de violences incontrôlées. La façon dont la « crise des réfugiés » est gérée est à l’image des contradictions du pays.

Dossier dirigé par Elisabeth Longuenesse