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And Patrick Habis

Ce héros anonyme vient de très loin. C’est le murmure des sociétés…*

Séverine Labat:

A l’heure où sa voisine tunisienne se débat dans les affres d’une transition démocratique encore balbutiante et grosse de périls, où son éternel adversaire marocain s’essaie timidement à une révolution copernicienne consistant à transformer une monarchie de droit divin en monarchie constitutionnelle, et où l’Egypte semble s’enliser malgré les promesses que nous laissaient entrevoir les slogans de la Place Et-Tahrir, l’Algérie semble être, pour l’heure, l’oubliée des dites révolutions arabes. Comment expliquer, alors, que la pendule de l’Histoire semble s’être arrêtée aux portes d’une Algérie à l’histoire révolutionnaire jadis pourtant exemplaire ? Pour le comprendre, il est, au préalable, indispensable de rappeler que la première transition démocratique de l’histoire contemporaine du Monde arabe eut lieu précisément à Alger. Pour des raisons historiques, la temporalité algérienne semble échapper à celle d’autres sociétés arabes en cours de transition démocratique, mais il ne faut exclure ni ruse ni retournement de l’Histoire comme nous l’ont enseigné les cas tunisien et égyptien. De fait, comme y invita le syndicaliste tunisien Mohamed Masmoudi en son temps, « il ne faut pas insulter l’avenir »… Parce que l’Algérie se cherche. Elle se cherche un nouveau « vouloir vivre ensemble », un projet d’avenir collectif et individuel, forte de sa jeunesse et de ses espérances. Il lui faut substituer, à la légitimité historique de ses dirigeants, une légitimité démocratique qui peine encore à advenir tant l’Histoire est elle-même devenue une sorte de rente. Ainsi, au cas où, par le biais d’un évènement déclencheur, le front social, en forte ébullition, se transformerait en une déferlante politique, ce que seule la distribution anarchique de la rente permet encore de différer, au cas où les barrières corporatistes s’effondreraient, et au cas où les querelles de leadership (attisée par le régime) se tairaient pour représenter une réelle alternative au pouvoir, il serait difficile de freiner la volontés de masses éprises de justice et de liberté et la réclamant éventuellement, à défaut d’un processus de changement pacifique, sur le registre de la violence. Michel de Certeau, L’invention du quotidien, 1/ Arts de faire, Gallimard)

Vous pouvez vous procurer, en version numérique, cet article ou l’intégralité du Numéro 78 : Le Maroc : changements et faux-semblants sur le site de Cairn.info à l’adresse suivante : http://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2011-3.htm