Comment analysez-vous le fait que le gouvernement Netanyahu
ait aujourd’hui accepté un échange de prisonniers qu’il a toujours refusé auparavant ?
Selon le gouvernement Netanyahu,
cette acceptation de l’échange
de prisonniers serait fondée sur
son attachement indéfectible à la
vie humaine ; cela expliquerait qu’il
ait accepté de payer un prix très
élevé pour la libération de Gilad
Shalit. Si c’était la seule raison on
ne voit pas pourquoi, cet échange
ne se serait pas fait plus tôt. En
vérité, il y a évidemment des arrière-
pensées tactiques. Depuis des
mois, Israël s’est retrouvé sur la défensive
face à l’initiative de l’Autorité
palestinienne visant à faire
accepter par les Nations unies un
État de Palestine comme membre
à part entière. Et cela est intervenu
après l’échec de la reprise des
négociations avec les Palestiniens
car Tel-Aviv a refusé de faire la
moindre concession sur la colonisation.
La libération d’un millier de
prisonniers palestiniens lui permet
de faire croire qu’il est prêt à d’importantes
concessions puisqu’il
va jusqu’à relâcher des activistes
ayant participé à des attentats... Il
souhaite ainsi apparaître comme
un acteur ouvert à la discussion
d’autant que Netanyahu n’a cessé pendant toute cette période de
dire qu’il était prêt à reprendre les
négociations avec Mahmoud Abbas
sans conditions préalables... pendant toute cette période de
dire qu’il était prêt à reprendre les
négociations avec Mahmoud Abbas
sans conditions préalables...
Y avait-il une volonté de
conforter la position du Hamas
par rapport à l’Autorité palestinienne
après le succès diplomatique
qu’elle a obtenue en prenant
l’initiative d’aller à l’ONU ?
Il est certain que cette décision israélienne
a joué contre l’Autorité
et a renforcé la position du Hamas
qui été quelque peu marginalisée
par l’initiative onusienne de
Mahmoud Abbas. L’organisation
islamiste l’a critiquée mais n’a pas
cherché à s’y opposer de manière
frontale car elle semblait soutenue
par beaucoup de Palestiniens, si on
en croit les sondages réalisés par
des instituts palestiniens. Si les deux gagnants de cet accord
sont le gouvernement Netanyahu
et le Hamas, il ne faut sans doute
pas surestimer les effets de cette
victoire qui est un peu une victoire
à la Pyrrhus. L’actualité va très vite.
Déjà on a oublié l’euphorie de ces
libérations et l’on s’aperçoit qu’à
l’évidence, cet accord n’a strictement
rien changé de fondamental
sauf évidemment pour les prisonniers
libérés et leurs familles...
Cet échange va-t-il rétablir la
popularité du Hamas ?
Cet échange a permis au Hamas de
réaffirmer que seule sa posture de
résistance est efficace car elle seule
permettrait d’obtenir des résultats
face à un adversaire qui ne comprend
que le langage de la force.
Donc il est bien possible en effet
qu’il tire un bénéfice politique de
cet accord et ressource un peu sa
popularité. Mais cela ne peut guère
aller très loin car les sondages en
Palestine montrent bien que le Hamas
est en perte de vitesse ; ainsi,
par exemple, alors qu’en juillet
2006, 62% des habitants de la bande de Gaza jugeaient utiles à
leur cause les tirs de roquettes sur
des cibles israéliennes, ils n’étaient
plus que 47% à partager cet avis
en 2009 et 45% il y a un mois. Le
même sondage révélait une quasi
stabilité – entre 33 et 35% – de la
popularité du Fatah dans la bande
de Gaza entre 2006 et 2011 mais
un véritable effondrement du Hamas
tombé de 39% d’opinions favorables
à 19%...
Ces chiffres éclairent donc aussi les
raisons tactiques du Hamas dans
cet échange avec des clauses qu’il avait jusque-là refusées, comme
tout particulièrement le bannissement
d’un certain nombre de
prisonniers après leur libération.
Cela explique sans doute aussi,
au moins en partie, pourquoi il a
signé un accord de réconciliation
avec le Fatah en mai dernier. Accord
qui est, pour l’instant, resté
lettre morte.
L’échange de prisonniers
pourrait-il favoriser aujourd’hui
la relance d’un processus de paix
qui malgré l’initiative à l’ONU demeure
une priorité politique du
personnel d’Oslo ? Quelle serait
la position du Hamas dans cette
perspective ?
Cet échange de prisonniers n’a
pas et n’aura pas de répercussions
sur le « processus » de paix. Il faut
bien comprendre que les gouvernements
israéliens en place depuis
2000, à l’exception de celui
d’Olmert, ont refusé de négocier
sérieusement avec les Palestiniens.
Pour cela, ils ont multiplié
les prétextes tout en cherchant à
faire porter la responsabilité de
cette impasse aux Palestiniens.
Sharon n’a cessé de réaffirmer que
Yasser Arafat était un obstacle à
la paix et qu’il était donc impossible
de discuter avec lui. Après
la mort du leader palestinien en
novembre 2004, Mahmoud Abbas
a été humilié à maintes reprises
et le retrait de Gaza s’est fait de
manière complètement unilatérale.
La semaine dernière, Avigdor
Liberman, qui dit souvent tout
haut ce que les autres ministres de
son gouvernement pensent, vient
de déclarer que Mahmoud Abbas
était le pire chef auquel Israël ait
été confronté... et il a appelé à sa
démission !
Netanyahu a souvent laissé entendre
que l’Autorité palestinienne n’était pas représentative
de l’ensemble des Palestiniens
puisqu’elle ne contrôlait pas Gaza
mais, quand se profile un gouvernement
d’union nationale, il
refuse de négocier avec un gouvernement
comprenant une organisation
terroriste...
Et pendant que les années passent,
la colonisation continue de manière
particulièrement intensive
en Cisjordanie et à Jérusalem Est.
Israël a perdu son allié turc. Il
subit les conséquences du changement
de régime en Égypte.
Comment pourrait-il aujourd’hui
sortir de l’isolement ?
Israël se sent en effet très isolé
sur le plan régional après le revirement
de la Turquie et le durcissement
de l’Égypte. Il pourrait en
sortir par le haut en acceptant l’ouverture
de véritables négociations
et le principe d’un État palestinien
à l’ONU ; comme on l’a vu, ce n’est
pas le chemin que le Premier ministre
a choisi malgré les pressions
bien peu appuyées, il est vrai- de
la communauté internationale
et les critiques émanant de la société
israélienne. Compte tenu des
graves tensions dans la région, les
risques d’une escalade militaire ne
sont donc pas à exclure.
Comment analysez-vous le rôle
de l’Égypte aujourd’hui ?
En raison des contradictions liées à
l’évolution du mouvement de révolte
en Égypte, la situation y est
très incertaine. Ce qui semble se
confirmer, en tout cas, est un net
durcissement face à Israël. Manifestement,
le pouvoir actuel entend
tenir compte de son opinion
publique et, en quelques mois, Le
Caire a pris des positions bien éloignées
de celles adoptées par Moubarak.
Cela ne signifie pas que le
traité de paix entre les deux pays,
signé en 1979, risque d’être remis
en question mais qu’Israël ne peut
plus compter sur un pouvoir égyptien
docile et toujours conciliant En raison des contradictions liées à
l’évolution du mouvement de révolte
en Égypte, la situation y est
très incertaine. Ce qui semble se
confirmer, en tout cas, est un net
durcissement face à Israël. Manifestement,
le pouvoir actuel entend
tenir compte de son opinion
publique et, en quelques mois, Le
Caire a pris des positions bien éloignées
de celles adoptées par Moubarak.
Cela ne signifie pas que le
traité de paix entre les deux pays,
signé en 1979, risque d’être remis
en question mais qu’Israël ne peut
plus compter sur un pouvoir égyptien
docile et toujours conciliant