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Crise et déradicalisation : les rebelles syriens d’Ahrar al-Sham

Thomas Pierret: Maître de conférences en Islam contemporain, Université d’Édimbourg

_Principale faction rebelle syrienne, Ahrar al-Sham est fondé début 2012 par des militants jihadistes libérés l’année précédente de la prison de Seydnaya. D’emblée, le mouvement engage une dynamique de déradicalisation qui le différencie d’al-Qaeda et de l’État Islamique d’Irak dans sa relation au reste de l’opposition, aux États régionaux, et aux objectifs du soulèvement de 2011. Cette déradicalisation ne s’est pas opérée en dépit de la guerre civile mais, à l’inverse, à cause de cette dernière. Confrontés au phénomène inédit d’une large mobilisation populaire armée, les fondateurs d’Ahrar al-Sham opèrent une révision critique de l’avant-gardisme jihadiste et se rallient à une lutte définie comme une révolution syrienne plutôt que comme une simple étape du jihad global. Combinée à un partenariat étroit avec la Turquie et le Qatar, cette mise à distance de l’internationale jihadiste, confortera la dynamique de déradicalisation du mouvement.