Hommage à Dido Sotiriou (1909-2004)

Christophe Chiclet

Journaliste, écrivain, femme engagée dans le combat pour la démocratie, le féminisme et le rapprochement gréco-turc, Dido Sotiriou s’est éteinte le 23 septembre à Athènes à l’âge de 95 ans.

Elle était née le 18 février 1909 à Aydin, en Asie Mineure, dans la région de Smyrne (Izmir). Son père était un industriel grec éclairé, polyglotte, de l’Empire ottoman. Suite à la chute de l’Empire, l’armée grecque occupe l’Ionie anatolienne en 1919. Mais en septembre 1922 l’armée kémaliste rejette à la mer l’armée grecque et brûle Smyrne. Les Grecs d’Anatolie, dont la famille de Dido, sont échangés lors du traité de Lausanne en 1923 contre les musulmans de Grèce. Arrivé au Pirée, le père y devient docker. A la mort de ses parents, elle est élevée par une tante qui l’envoie étudier la littérature française à l’Institut français d’Athènes, puis à la Sorbonne.

Elle reviendra souvent à Paris, rencontrant Aragon, Gide et Malraux. En 1936, elle devient journaliste et travailledans un quotidien athénien et une revue littéraire.

Avec l’invasion nazie de la Grèce en avril 1941, elle entre au Parti communiste de Grèce et participe à la résistance. Jusqu’en 1944, elle travaille dans la presse clandestine. C’est à cette époque qu’elle devient une féministe convaincue. Elle finira par quitter le parti communiste, trop rigide et trop stalinien à son goût.

A la fin des années 50, elle se met à l’écriture et publie son premier roman en 1959 : Les morts attendent, suivi de Electre, deux ans plus tard. C’est en 1962 qu’elle publie son grand chef-d’oeuvre, Terres de sang, réédité soixante-cinq fois en Grèce, traduit en six langues, dont en turc en 1970 et en français en 1996.

Pendant la dictature des colonels (1967-1974), qu’elle exècre, elle se tait. En 1976, elle publie Visiteurs, puis six ans plus tard son dernier roman : Nous sommes perdus. En 1989, elle obtient le Grand prix national de littérature grecque pour l’ensemble de son oeuvre. Ayant écrit : « Il n’y a pas de bons Grecs et de mauvais Turcs. Il y a des hommes qui deviennent des victimes et le payent cher. La guerre, telle Circé, change les hommes en monstres », elle fonde l’association « L’entente gréco-turque ». De son vivant, il existera même un « Prix Dido Sotiriou pour la communication entre les peuples ». Pour le critique littéraire grec Vanguelis Kassos, Dido Sotiriou était « l’écrivain du désastre national ». En effet, l’expulsion du million et demi de Grecs de Turquie est appelée dans l’historiographie grecque, la « Grande catastrophe ».

Dido Sotiriou choisissait dans ses romans des thèmes inspirés de l’histoire et de la vie politique grecques dont elle avait subi les méfaits. Terres de sang introduit une thématique nouée autour du drame du déracinement des Grecs d’Asie Mineure, du printemps multiethnique perdu et de l’arrivée dans une Grèce étriquée au nationalisme blessé.

L’écrivain aurait pu verser dans le revanchisme. Au contraire, elle n’a eu de cesse de magnifier l’amitié entre les « petits » pris dans la tourmente, comme dans son roman, Visiteurs, où elle décrit la tragédie des démocrates grecs pris entre la cruauté du pouvoir royaliste et le culte de la maison des morts du parti communiste clandestin.

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