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L’épopée de la Rojava. Quel avenir pour les kurdes de Syrie

Christophe Chiclet: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée
19 août 2016
La Rojava est le nom du Kurdistan syrien, allant du sandjak d’Alexandrette turc à la frontière nord syro-irakienne. Le combat des Kurdes syriens est d’autant plus exemplaire qu’il est quasiment unique dans l’histoire contemporaine de la région. Ils luttent pour l’égalité des sexes, des ethnies, des religions et des laïcs, la mise en commun des moyens de production, l’autogestion communale. Il y a dans cette épopée certaines similitudes avec la Commune de Paris, la révolution libertaire de Catalogne-Aragon de 1936-1938 et l’expérience Makhnoviste en Ukraine en 1917-1920. Les combattants de la Rojava se battent tant contre l’armée de Bachar, que contre les djihadistes de toutes obédiences. Mais ils sont aussi la bête noire du pouvoir turc de plus en plus dictatorial, qui a tout fait pour que Kobané devienne la nouvelle Varsovie quand l’armée rouge s’est arrêtée devant la capitale polonaise, laissant les nazis massacrer les révoltés nationalistes polonais de l’AK. Mais les résistants de la Rojava ont transformé Kobané, non pas en Varsovie mais en Stalingrad.

Aux origines du mouvement kurde de Syrie

Les Kurdes représentent la minorité la mieux structurée et la mieux armée. Ils seraient aujourd’hui entre 800.000 et plus d’un million, répartis entre trois régions du nord et du nord-est du pays : Kurd Dagh (chef-lieu Efrin), Djarablous (chef-lieu Kobané) et le Djézireh à la frontière de l’Irak. Ils sont aussi présents à Alep et à Damas.

Après une longue période d’attentisme, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), fondé en 1978 en Turquie et implanté militairement en Anatolie orientale depuis 1984, a rallié en juillet 2012 le mouvement d’opposition au régime Syrien, n’oubliant que c’est Hafez al Assad qui avait expulsé leur leader, Abdullah Öçalan, dit Apo, de Damas le 9 octobre 1998, et qui, suite à une longue pérégrination, avait été capturé dans l’enceinte de l’ambassade de Grèce à Nairobi au Kenya puis exfiltré par la CIA américaine, avec l’aide du MOSAD israélien, en Turquie 15 février 1999. Apo, condamné à mort, a vu sa peine commuée en prison à vie, dans le bagne d’Imrali, une des îles aux princes sur le Bosphore. En mars 2013, Apo a officiellement donné consigne à ses hommes de quitter l’Anatolie orientale et d’abandonner la lutte armée. Pour Ankara, après l’autonomisation quasi officielle du Kurdistan irakien, il faut absolument éviter que la Rojava se lie avec le nord irakien, susceptible d’encourager les velléités indépendantistes des Kurdes de Turquie pour former un grand Kurdistan indépendant, le pire cauchemar de la Turquie depuis plus d’un siècle.

Les relations turco-syriennes n’ont jamais été bonnes. À la frontière nord syro-turque, dans le haut Djézireh, les tribus kurdes ont combattu les troupes françaises de 1919 à 1926. Sous le mandat français, les élites kurdes se sont rapprochées des nationalistes syriens. C’est le 5 octobre 1927 que le premier parti kurde de Syrie voit le jour à Beyrouth : le Hoybun. De 1946 à 1961, la pratique du kurde et la publication d’ouvrages dans cette langue sont admises par le régime syrien. Pourtant, dès 1954, les officiers d’origine kurde sont purgés de l’armée. Les Kurdes autonomistes commencent alors à s’organiser : ils fondent en 1957 le PDKS (Parti démocratique kurde de Syrie). En 1961-1962, le régime de Damas décide une politique d’arabisation. Le PDKS est alors interdit et ses cadres emprisonnés. La langue, la musique et les publications sont interdites. 120.000 Kurdes du Djézireh sont déplacés dans le sud du pays et l’ensemble des prénoms sont arabisés à l’état-civil. Enfin, 300.000 Kurdes sont privés de la nationalité syrienne et de leurs droits sociaux. Ils deviennent des apatrides dans leur propre pays. Sans papiers, ils n’ont même pas la possibilité de quitter le pays.

En 1963, le parti Baas prend le pouvoir à Damas. Il poursuit la politique d’arabisation des minorités. Les Kurdes optent alors pour la dissimulation et la résistance passive. Hafez al Assad s’empare du pouvoir en 1970 et reprend en main la carte kurde. Quelques années plus tard, il réintègre les officiers kurdes dans l’armée. Ces derniers participeront activement à la répression des Frères musulmans à Alep en 1980 et à Hama en 1982. Par ailleurs, le dirigeant syrien soutient les Kurdes irakiens dans leur lutte contre Saddam Hussein, le frère ennemi de la branche irakienne du Baas.

Dans les années 80, Apo et son État-major politique s’installent dans un immeuble du centre de Damas. Les Kurdes syriens se font alors élire députés sur les listes du parti Baas. Mais en 1992, les Kurdes syriens hostiles au rapprochement entre Damas et le PKK fondent le parti Yékiti (Unité). Le 10 décembre 2002, 200 militants du Yékiti se sont retrouvés devant le parlement de Damas pour réclamer la « citoyenneté pour les Kurdes », en référence aux 300.000 personnes déchues de leur nationalité et la « fin de l’interdiction de la langue et de la culture kurdes ». Un an plus tard, ils étaient un millier. La révolte des Kurdes de Syrie commence réellement avec les manifestations de Kameshli du 12 au 14 mars 2004. La répression fera 43 morts, 160 blessés et près de 2.000 arrestations, dans le plus grand silence médiatique. En mai 2005, l’un des sept services de renseignement du régime syrien va enlever, torturer et tuer l’influent cheikh kurde Muhammad Machouk Khaznaoui. L’annonce de sa mort provoquera de nombreux troubles en zone kurde.

Mais entre temps la donne a changé avec la chute de Saddam Hussein et l’autonomie du Kurdistan irakien. Les Kurdes irakiens sont représentés par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, implanté à la frontière turque et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani, aujourd’hui président de la république d’Irak, implanté à la frontière iranienne. Ils s’intéressent depuis quelques années à leurs frères syriens en vue de créer une vaste région autonome kurde, de la frontière iranienne aux abords de la Méditerranée orientale. Le PDK décide alors de ressusciter le vieux PDKS de 1957. Début 2013, 2.000 militants du PDKS sont entraînés militairement dans la zone du PDK à la frontière turco-irakienne. Barzani qui a conclu une alliance avec la Turquie (surtout d’ordre économique car son parti empoche les droits de douane à la frontière irako-turque) ne veut pas que le PDKS s’en prenne à Ankara et pousse son petit allié kurdo-syrien à s’opposer au Parti de l’union démocratique (PYD), filiale du PKK en Syrie [1]. En effet, lors de la rupture Assad-Öçalan, nombre de Kurdes syriens ont pris leurs distances avec le régime de Damas. Ils ont alors fondé le PYD fort de 20.000 membres début 2013. Il est dirigé par Saleh Muhammad Muslim (né en 1951). La numéro deux du parti est Asyia Abdullah. Les quatre autres dirigeants principaux sont Sinam Mohamad et Ilham Ahmed pour les femmes et Ahmed Elselma et Aldar Khalil pour les hommes, preuve d’une égalité totale homme-femme. Après l’accord de cessez-le-feu d’Apo, les derniers combattants du PKK qui refusent de rendre les armes en Anatolie orientale sont dirigés par Bahoz Erdal, de son vrai nom Fehman Huseyin, un Kurde syrien qui contrôle les peshmergas (combattants kurdes) du PYD au sein des derniers maquis du PKK.

Le début de la révolution

Dès les premiers jours de l’insurrection syrienne, en mars 2011, les populations kurdes et arabes se sont révoltées à Deraa, dans le sud du pays. Sortant de sa réserve, Ankara s’est engagée activement dans la guerre civile syrienne. Dès le 31 mai 2011, elle a accueilli à Antalya la première réunion de l’opposition syrienne alors embryonnaire. A cette époque, la Turquie cherchait encore à ménager le régime de Bachar. Puis chemin faisant, elle a offert son territoire comme sanctuaire à l’opposition politique mais aussi à l’Armée syrienne libre (ASL) qu’elle va abandonner fin 2013-début 2014 pour soutenir ouvertement l’État islamique (EI). Ankara, tirant les leçons du précédent irakien avec la formation d’un Kurdistan autonome, n’a pas voulu se faire surprendre par la crise syrienne. Elle s’est donc employée à désamorcer les velléités d’indépendance des Kurdes de Syrie qui se sont vu attribuer un rôle mineur au sein de l’opposition, alors qu’ils étaient les mieux organisés. Les leaders du Conseil national syrien (CNS), majoritairement arabes sunnites, soucieux de préserver l’intégrité territoriale du pays en cas de victoire, se méfient de la volonté d’émancipation de la minorité kurde. En octobre 2011, Ankara et le CNS ont signé un accord discret visant à réduire l’influence du PYD.

Comme son père autrefois, Bachar décide alors de jouer la carte kurde contre la Turquie. Il rend rapidement la nationalité syrienne aux 300.000 Kurdes qui en avaient été privés. Dans la foulée, il permet à Saleh Muhammad Muslin, le chef du PYD, de revenir d’exil et libère plusieurs centaines de ses militants. A noter que c’est aussi à cette époque Bachar libère les islamistes les plus durs qui vont s’empresser de rejoindre le Front al Nosra (filiale d’Al Qaïda) puis l’EIIL (État islamique en Irak et au Levant). Avec cette arrivée massive de combattants, l’EIIL moribonde va se transformer en EI (État islamique) ou Daesh, offensive et puissante. Par ailleurs Bachar permet aux peshmergas du PKK-PYD traqués par l’armée turque et par le PDK d’Irak de se replier avec armes et bagages dans le nord de la Syrie.

Cette politique de la main tendue aurait pu réussir. Mais après l’expulsion d’Öçalan, la rupture est désormais consommée. De plus Massoud Barzani, proche d’Ankara, s’efforce de briser au plus vite cette nouvelle stratégie « assadienne ». Début juillet 2012, il convoque d’autorité, dans son fief d’Erbil, tous les partis kurdes de Syrie. Le petit PDKS, aux ordres de Barzani, est d’accord pour se battre contre le régime d’Assad aux côtés de l’ASL. Le PYD se rallie, mais du bout des lèvres, non sans arrières pensées. Le même mois, l’armée de Damas, ne pouvant se battre sur tous les fronts, évacue les trois zones kurdes du nord et laisse les combattants du PYD s’emparer de la région. A l’époque, l’objectif de Damas consiste à contrer la diplomatie turque et à s’opposer à l’ASL qui se renforce grâce à de nombreuses désertions de l’armée de Bachar. Dès le 19 juillet, les combattants du PYD entrent dans Efrin et Kobané, hissent le drapeau tricolore kurde (rouge, blanc, vert, frappé d’un soleil jaune ; proche du drapeau iranien avec le soleil des zoroastriens pré-islamiques) sur les bâtiments officiels et installent de larges banderoles où est écrit : « Pour la liberté du Kurdistan de Syrie ». Ils chassent les maires syriens du Baas et les remplacent par des cadres du PYD. Trois mois plus tard, ils occupent le quartier kurde d’Alep et s’opposent violemment aux brigades islamistes de l’ASL. Le PYD a organisé ses propres milices : les YPG (Yekinen parastina gel : Unités de protection du peuple) ; pour les brigades féminines : les YPJ (Yeniken parastina jin : Unités de protection des femmes). A noter que les YPJ sont devenus la crainte des combattants djihadistes. En effet, s’ils sont tués au combat par ces femmes kurdes, ils ne pourront pas aller au « paradis ». Quand quelques combattantes des YPJ sont capturées, elles sont torturées, violées et tuées. Mais en règle générale, elles dégoupillent leurs grenades, mourant avec leurs violeurs-assassins.

Cependant dès le printemps 2013 l’armée de Bachar a bombardé Efrin avec des armes chimiques. Cette année-là les YPG-YPJ ont combattu aussi bien les brigades islamistes de l’ASL, que l’armée de Bachar, mais aussi les brigades turkmènes organisées et armées directement par Ankara. Par ailleurs, ils protègent les réfugiés arméniens et les Arabes chrétiens qui se réfugient en zone kurde. Les Arméniens d’Alep ont une petite milice pour protéger leur quartier. Le village arménien de Kessab proche de la frontière turque a été attaqué par des milices de l’ASL venues de Turquie puis par les milices turkmènes.

Le programme du PYD

Le PYD a rapidement formé une organisation civile de masse pour s’auto-administrer, le Tev-Dam (Mouvement pour une société démocratique) devenu rapidement prépondérant en zone kurde. Une fois que l’armée et l’administration syriennes se sont retirées, le Tev-Dam a comblé le vide. Il a créé des « Maisons du peuple » dans chaque ville et village, tenant une réunion hebdomadaire avec les habitants pour écouter leurs doléances. Pour le PYD et Tev-Dam, beaucoup moins sectaire que le PKK crypto-stalinien, la révolution doit commencer par le bas de la société et non par le haut. Ils luttent aujourd’hui pour une révolution sociale, culturelle et éducative, aussi bien que politique. Après moult réflexions, le Tev-Dam a conclu qu’il fallait une auto-administration dans les trois districts kurdes de Syrie. Presque la moitié de ses représentants sont des femmes. Cette organisation est faite de sorte que les personnes de milieux, de nationalités, de religions et de sexes différents puissent participer. Une première dans cette région. Le Tev-Dam a alors publié un contrat social qui stipule : « Les zones de démocratie autogestionnaire n’acceptent pas les concepts de nationalisme, d’armée ou de religion d’État, de gestion centralisée et de pouvoir central, mais sont ouvertes à des formes compatibles avec les traditions de la démocratie et du pluralisme, ouvertes à tous les groupes sociaux et identités culturelles ». Les décrets alors publiés déclarent :

. Séparation de l’État et de la religion

. Interdiction des mariages aux moins de 18 ans

. Droits des femmes et des enfants reconnus et protégés

. Interdiction de l’excision

. Interdiction de la polygamie

. La révolution doit avoir lieu du bas de la société et être durable

. Liberté, égalité et non-discrimination

. Égalité hommes-femmes

. Toutes les langues parlées doivent être reconnues

. Assurer une vie décente à tous les prisonniers

. Tout être humain a le droit de chercher asile chez nous et les réfugiés ne peuvent être renvoyés sans leur consentement.

Quant à l’organisation de base de Tev-Dam, elle est appelée « Commune ». La définition de la « Commune » est la suivante : « Les Communes sont les plus petites cellules et les plus militantes de la société. Les Communes sont organisées sur le principe de la participation directe des personnes dans les villages, dans les rues et les quartiers des villes. Ce sont des endroits où les gens s’organisent entre eux et permettent la discussion de toutes les questions et leur résolution. Les « Communes » travaillent au développement et à la promotion des « Comités ». Elles discutent et cherchent des solutions aux questions sociales, politiques, éducatives, sécurité et auto-défense, auto-protection à partir de ses propres forces. Les Communes « créent leur propre pouvoir à travers la construction et l’organisation de communes agricoles dans les villages, de coopératives et d’associations de quartier » [2].

Utopie, certes. Mais avec un tel programme démocratique à tendance libertaire, il s’agit du « diable », tant pour le gouvernement islamo-conservateur turc de plus en plus dictatorial, que pour Daesh, mais aussi pour le régime de Bachar, les affairistes du PDK d’Irak, mais aussi pour les monarchies du golfe et tous les pays de la région qui ont été touchés peu ou prou par les printemps arabes.

L’épopée de Kobané et la reconquête

Les YPG ont libéré Kobané (ou Kobaní) dès juillet 2012. Kobané est une ville nouvelle. Elle a été construite par les autorités ottomanes en 1912 comme une gare sur la ligne du Bagdad bahn, reliant Constantinople à Bagdad. Ligne construite par les Allemands, les futurs alliés des Ottomans durant la Première Guerre mondiale et co-responsables du génocide arménien. Elle est alors habitée essentiellement par des Kurdes et quelques Arabes. En 1918, elle fait partie du mandat français sur la Syrie. Les rescapés du génocide arménien viennent s’installer dans cette bourgade, construisent leur quartier près de la gare et bâtissent trois églises apostoliques arméniennes.

Pour l’EI, comme pour le gouvernement turc d’Erdogan, Kobané est une verrue. Après avoir pris Mossoul au printemps 2014, l’EI bénéficie d’armes lourdes et d’énormément d’argent. Il décide donc d’éradiquer l’expérience « kobaniste ». D’autant que les YPG avaient dès août 2013 infligé de lourdes pertes à Al Nosra et à l’EIIL. L’heure était donc à la revanche du côté des djihadistes. Forts des armes lourdes prises à l’armée irakienne en débandade quelques mois plus tôt, et l’argent de la banque centrale de Mossoul, ils attaquent Kobané à la mi-septembre 2014. Le 6 octobre, ils entrent dans la ville par le sud. Les combats se passent de maison à maison, comme à Beyrouth, comme à Sarajevo dans le passé. Fin décembre l’EI contrôle plus de la moitié de la ville. Mais contre vents et marées les peshmergas tiennent bon, malgré la Turquie qui leur met des bâtons dans les roues. Le 25 janvier 2015, les YPG reprennent Kobané. Suite à cette victoire symbolique, les YPG et les combattants du PKK décident de libérer leurs frères Yézidis du Sindjar irakien.

En effet, les Kurdes sont multiples dans leur diversité géographique, politique, linguistique (la langue kurde s’écrit en caractères latins, arabes et cyrilliques) et religieuse. Pour Kendal Nézan, directeur de l’Institut kurde de Paris : « Chez les Kurdes, le ciment de l’identité n’est pas la religion, mais la langue et la culture ». Chez les Kurdes la majorité est sunnite, une grosse minorité est alévie (islam modéré qui ne voile pas les femmes et n’a pas de mosquées, lié au courant soufiste). Il existe aussi des petites minorités religieuses : Yézidis, Assyro-chaldéens chrétiens, Syriaques-catholiques chrétiens et Shabaks (syncrétisme yézido-chiite).

Le yézidime est une forme de zoroastrisme, religion de la perse antique, avec certains emprunts au mazdéisme, comme le sacrifice du taureau. Avant l’arrivée de l’islam au Kurdistan, la majorité des Kurdes étaient Yézidis. Aujourd’hui ils seraient 600.000 dans le nord de l’Irak, 100.000 en Turquie dans la région d’Urfa, 100.000 en Iran, 200.000 en Transcaucasie dont 70.000 en Arménie où ils bénéficient de la protection des autorités. En diaspora, ils seraient 50.000 en Allemagne et 20.000 en Suède.

Durant le génocide arménien de 1915, ils ont recueilli nombre d’Arméniens et de Syriaques persécutés. Certains Yézidis ont même rejoint les troupes de Fédaïs (partisans) arméniens du général Antranik [3] qui a combattu avec succès l’armée ottomane et ses supplétifs kurdes. Lorsque l’empire russe est entré dans le Caucase, un certain nombre de Yézidis ont rejoint la Transcaucasie (Arménie, Géorgie), se mettant alors sous la protection de l’Empire russe. Avec le génocide arménien de 1915-1917, ils ont majoritairement quitté l’Anatolie orientale pour rejoindre le nord de l’Irak. En effet, après les Arméniens, les Assyro-chaldéens et les Grecs pontiques, ils ont compris que leur tour allait arriver. Ce n’est donc pas un hasard si une brigade de Yézidis d’Arménie a rejoint les milices arméniennes du Haut Karabagh lors de la guerre arméno-azérie de la fin des années 80, début des années 90. En avril 2015, pour le centenaire du génocide, les Yézidis d’Arménie ont inauguré un mémorial célébrant l’amitié arméno-yézidis dans un village au pied du mont Ararat où est figurée une croix chrétienne, agrémentée du soleil et de l’oiseau paon, ainsi que les restes d’un combattant yézidi ayant participé à la défense de Van en 1915 durant le génocide.

Prise et libération du Sindjar

Quand l’EI lance son offensive sur Mossoul en juin 2014, aboutissant à sa prise, à la débâcle de l’armée irakienne, la prise d’armes lourdes (chars, canons de 105 et 155, mortiers lourds,VAB…) et politiquement à la proclamation du « Califat » qui avait été aboli par Mustafa Kémal le 3 mars 1924, ses combattants occupent le 4 août la ville de Balad Sindjar, l’antique Singara, alors peuplée de 310.000 habitants. En effet, cette dernière est placée sur la route « 44 » qui relie les positions syriennes et irakiennes de l’EI et permet le ravitaillement de Mossoul. Bref, un nœud stratégique. 600 hommes yézidis sont tués et 5.300 femmes et enfants sont transformés en esclaves (sexuels pour les femmes et domestiques pour les enfants, avec des tarifs de vente très précis. Les adolescentes vierges sont plus les chères). 35.000 personnes ont alors fui dans le djebel du Sindjar, sans eau, sans nourriture. Il s’agit d’une petite montagne de 100 kilomètres de long et de 20-30 de large, culminant à 1.498 mètres. Un corridor reste cependant ouvert, permettant à 25.000 personnes de quitter ce piège macabre qui se referme petit à petit, jour après jour. Le 26 septembre, les troupes de l’EI réussissent à couper ce corridor et encerclent totalement le djebel où 10.000 civils s’entassent dans le plus grand dénuement. Face à ce massacre programmé, des petites colonnes de YPG rejointes par des combattants du PKK réussissent à entrer dans le djebel pour y organiser la résistance, le 20 décembre. L’histoire se répète. En juillet 1915, des milliers d’Arméniens du sandjak d’Alexandrette s’étaient réfugiés dans la montagne du Musa Dagh et avaient tenu 53 jours avant d’être évacués par la flotte française de Méditerranée. Cette épopée a été popularisée par l’écrivain juif autrichien anti-nazi, Franz Werfel, dans son livre « Les 40 jours du Musa Dagh », publié à Vienne en 1933 et traduit en plusieurs langues [4].

Au début de l’offensive de l’EI en juin 2014 dans la région, les combattants YPG-PKK ont organisé les Yézidis en fondant leur propre milice, le YBS (Unités de résistance du Sindjar). Quand les milices YPG-PKK arrivent militairement dans le djebel en décembre, ils organisent militairement et politiquement les Yézidis, leur expliquant qu’il s’agit d’un mouvement de libération nationale, mais aussi sociale et sociétale, pour l’égalité homme-femme. Les YBS fondent à leur tour des brigades féminines.

Le sort des Yézidis commence à se faire entendre début 2015. Le pape François reçoit au Vatican le 8 janvier 2015 les deux leaders yézidis d’Irak : le représentant politique Tashin Saïd Ali Beg et le chef religieux cheikh Kato. Fin 2015, le président de la République grecque recevra avec tous les honneurs une jeune femme yézidie prisonnière quelques mois de l’EI qui avait réussi à s’évader. Après la reprise de Kobané, le sauvetage du djebel Sindjar est d’actualité. Le YBS compte alors près de 2.000 combattants et combattantes. Par ailleurs le 10 juin 2015, les YPG ont fondé la « Brigade internationale bénévole », sur le mode des brigadistes de la guerre d’Espagne. La « BIB » compterait environ 400 hommes et femmes, essentiellement des Kurdes de la diaspora et des Turcs marxistes-léninistes, mais aussi de nombreux anglo-saxons (Américains, Britanniques, Canadiens, Australiens), ainsi que des volontaires venus d’Albanie, d’Arménie, de Grèce, d’Allemagne, d’Espagne, des Pays-Bas. On compte aussi trois Français, une israélienne et une sud-afraicaine noire qui a été tuée sur le front.

Grâce à la multiplication des frappes aériennes de la coalition alliée à l’automne dernier, les Kurdes ont planifié la libération du djebel. Les unités du YPG, PKK, YBS, rejointes par des peshmergas du Kurdistan irakien, ont convergé de l’Est et de l’Ouest pour encercler les encerclants. Les Kurdes irakiens sont venus avec des armes lourdes et en particulier avec des missiles milan, sol-sol filoguidés de fabrication franco-allemande. Ce tueur de chars a fait des ravages dans les rangs des colonnes blindées de l’EI (entre 95 et 98% de réussite de tirs aux buts). En libérant le 13 novembre 2015 la ville de Balad Sindjar et le djebel, les forces kurdes coalisées ont coupé la route 44 qui relie Raqqa en Syrie à Mossoul en Irak. De quoi inquiéter l’EI et son mentor d’Ankara.

Le 10 juin les forces conjointes kurde et de l’ASL ont encerclé la ville de Mindjeb, un des fiefs de l’EI dans le nord de la Syrie, coupant ses lignes de ravitaillement vers la Turquie qui là encore jouait double jeu. La bataille de Mindjeb a commencé le 31 mai quand la coalition kurdo-ASL a repris 79 villages avoisinants, tuant 193 militants de l’EI. Mindjeb est tombée et début juillet les kurdes et l’armée irakienne ont commencé une offensive contre Mossoul, la capitale du « Califat » auto proclamé.

Le rôle néfaste de la Turquie

L’EI n’existerait pas sans l’aide précieuse du régime de plus en plus dictatorial du président turc Recep Tayyip Erdogan. Il faut dire que ce dernier a un lourd passé. Né en février 1954 à Istanbul dans une famille turque originaire d’Adjarie, dans le sud de la Géorgie. Il milite très jeune dans les partis islamiques. Dès 1974 il dénonce dans des articles le « complot judéo-communiste-maçonnique » ! Maire d’Istanbul de 1994 à 1999, il interdit la consommation d’alcool aux terrasses des cafés. Pour les Stambouliotes qui avaient l’habitude aux beaux jours de siroter un raki avec des mezzés, il s’agit d’un vrai sacrilège.

A la tête de son parti, le Parti de la justice et du développement (AKP), il remporte les élections en 2002. Tout en étant un islamo-conservateur, il réforme petit à petit le pays. L’économie sclérosée repart. Il fait rentrer les militaires dans leurs casernes et lutte avec efficacité contre la corruption, en particulier au niveau des relations entre la mafia turque, l’armée et les services secrets (MIT). Au milieu des années 2000, il fait aussi des avancées sur le problème kurde, donnant à cette importante minorité quelques libertés culturelles. C’est ainsi que populaire, il gagne toutes les élections jusqu’en 2015. Mais à force de rester au pouvoir, sa propre camarilla devient elle aussi corrompue et l’économie en surchauffe s’essouffle. Il décide alors de devenir Président de la République, un poste pourtant honorifique. Mais il a une idée en tête : obtenir les 2/3 tiers du parlement et transformer la constitution pour faire de la Turquie un régime présidentiel. La presse d’opposition kémaliste, de gauche, pro-kurde, parle alors du « nouveau calife dictateur ». D’autant qu’il a décidé d’abattre Bachar. Pour ce faire le MIT envoie clandestinement mais régulièrement des stocks d’armes à l’EI et arme et finance les milices turkmènes des régions d’Alep et de Mossoul qui combattent ouvertement l’ASL, les YPG et attaquent les villages arméniens du nord de la Syrie. Un journaliste du grand quotidien Cumhurriyet qui a dénoncé ce trafic est en procès depuis début avril 2016 et risque la prison à vie. Un autre quotidien d’opposition, Zaman , à la même époque, a été investi par la police et « nationalisé ». C’est-à-dire que la rédaction a été renvoyée et remplacée par des scribes d’Erdogan. Le parlement européen vient de dénoncer cette dérive autoritaire, voire dictatoriale. Idem pour les radios et télévisions d’opposition fermées les unes après les autres.

Durant le siège de Kobané par l’EI, l’armée turque a campé sur la frontière face à la ville martyre, interdisant le ravitaillement de la cité en nourriture, médicaments et armes alors qu’elle laissait les djihadistes locaux et venus d’Europe (via la plaque tournante de Gaziantep contrôlé par le MIT) prendre la ville à revers ! Pendant ce temps, la Turquie enrichissait l’EI en lui achetant son pétrole, son gaz, son coton, son orge, son blé, qui ne pouvaient que se vendre via la frontière turque aux trafiquants et à l’État turc à bas prix pour Ankara, mais très rentable pour l’EI .

Passée relativement inaperçue, une réunion s’est tenue dans les locaux de la revue Adimlar à Istanbul le 7 octobre 2014, réunissant les trois composantes turques du soutien à l’EI en Turquie. La réunion était dirigée par le rédacteur en chef de la revue, Ali Osman Zor, un des dirigeants du Front des combattants du grand orient islamique (IBDA-C), avec la participation de cadres du Parti de la cause libre (Hüda-Par, dirigé par Zékériya Yapicioglou, d’origine kurde) et du Parti de l’action nationaliste (MHP) [5]. A l’issue de cette réunion fut prise la décision de combattre les Kurdes, le HDP (le parti pro kurde de Turquie) et de soutenir les djihadistes de Syrie (Al-Nosra et EI). En juillet 2014, Erdogan libère le chef de l’IBDA-C, Salih Mirzabeyoglou. Il était emprisonné depuis 1998 pour avoir organisé des attentats sanglants en 1994 contre les Alévis (musulmans turcs et kurdes modérés proches du soufisme) et les derniers Arméniens et Juifs de Turquie. En 1998, ce groupuscule était composé de 600 membres. Il prône la restauration d’un califat universel. Son idéologue est le poète islamique Necip Fazil Kisakürek dont Erdogan aime à citer les poèmes dans ses discours. Il déclarait l’an passé : « Aujourd’hui encore, Necip Fazil est une richesse pour le Turquie ».

L’IBDA-C dispose aussi de deux titres de presse : Baran et Star, distribués par le gendre d’Erdogan. Cette organisation a organisé deux brigades qui combattent au sein de l’EI : la « Brigade Sultan Selim » et la « brigade Sultan Abdul Hamid ». Tout un programme : le premier a massacré les Alévis, le deuxième appelé « sultan rouge » a été le premier génocidaire des Arméniens. Une troisième brigade existe, composée de Turkmènes, « Sultan Mourad », infiltrée en Syrie par le MIT.

Voulant devenir président de la République turque, Erdogan organise des élections en juin 2015. Mais à cause du parti pro-kurde (HDP), il les perd. Fou furieux, il décide de relancer la guerre en Anatolie orientale après plusieurs années de calme. Réprimés, les Kurdes de Turquie se révoltent et certains rejoignent une scission dure du PKK qui n’avait pas voulu rendre les armes, « Les faucons du Kurdistan ». Finalement les élections anticipées en novembre, dans ce climat de tension, redonnent la majorité à Erdogan. En clair, le « sultan néo-ottoman » a regagné les élections en remettant le feu à son pays, au risque de rencontrer de graves ennuis à moyen terme.

A l’automne 2015 l’armée turque tue de plus en plus de Kurdes tant en Turquie qu’en Syrie via ses milices. Mais Erdogan commet une grave erreur stratégique quand ses avions F-14, F-16 abattent un Sukoï russe qui avait eu le tord de passer dans l’espace aérien turc pendant 17 secondes le 24 novembre 2015, alors que l’aviation turque passe son temps à violer l’espace aérien grec et chypriote grec.

Les deux pilotes russes sautent, mais au sol ils sont torturés et égorgés par les milices turkmènes. Pour Poutine, il s’agit alors d’un casus belli. Ses bases aéro-navales de Tartus et de Lattaquié sont immédiatement renforcées et Moscou bombarde aussi bien l’EI que l’ASL, protégeant les forces de Bachar qui reprennent du terrain et chassent l’EI de Palmyre. A noter par ailleurs qu’après la destruction du Sukoï, la République arménienne du Haut Karabgah a ouvert son aéroport de Stépanakert à l’aviation russe, permettant ainsi aux aviateurs russes de prendre à revers les djihadistes. D’autant qu’au niveau géopolitique, la Russie, l’Arménie et l’Iran ont la même politique dans la région. Aussitôt, le FSB, le successeur du KGB, sort des informations comme quoi la famille d’Erdogan est mouillée dans le trafic avec l’EI.

Fin 2015-début 2016, Erdogan a multiplié les bombardements contre les Kurdes de Turquie et de Syrie. Le 28 mai dernier, lors d’un discours à Diyabakir, il déclare mener les opérations militaires contre le PKK « jusqu’au bout », qualifiant les rebelles kurdes « d’athées et de zoroastriens…N’ont-ils pas détruit nos mosquées ? Ces gens-là sont des athées, ce sont des zoroastriens… Ils n’agissent pas en fonction de nos valeurs » !

Mais aujourd’hui le vent tourne et les combattants kurdes avancent, tant en Irak qu’en Syrie. Jusqu’à quand, tant la situation est fluctuante, en particulier depuis le pronunciamento raté de l’armée turque le 15 juillet dernier. En effet, la partie de l’armée qui n’a pas rejoint les putschistes est celle qui suit Erdogan dans sa nouvelle lutte armée contre le PKK en Anatolie orientale [6]. En annonçant qu’il allait sans doute rétablir la peine de mort, il s’est attiré les foudres de l’UE. Bruxelles a immédiatement annoncé que dans ce cas les négociations d’adhésions seraient suspendues. Berlin a toujours été proche d’Ankara en particulier dans l’affaire des migrants, mais pas uniquement. Les services secrets allemands (BND) ont installé un important bureau à Erbil, capital du Kurdistan irakien, qui collabore avec les services de renseignements kurde irakien. Mais ces derniers sont dirigés par des officiers du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) dirigé par le fils Barzani. Or le PDK contrôle la frontière entre le Kurdistan irakien et la Turquie et profite largement des droits de douanes. Le PDK est donc proche d’Ankara et combat le PKK. Le BND donne donc des informations contre le PKK dont les militants sont bien implantés en Allemagne. Mais le 2 juin dernier, le Bundestag a reconnu le génocide arménien. Cela a mis Erdogan dans une rage folle. Le ministre de la justice turque, Bekir Bozdag c’est permis de déclarer au grand quotidien Milliyet : « D’abord, vous brûlez des juifs dans des fours et ensuite vous venez accuser le peuple turc de cette calomnie de génocide ». C’est l’hôpital qui se moque de l’infirmerie ! Par ailleurs les organisations d’extrême droite turque (Loups Gris et assimilés) ont menacé de mort les députés allemands qui ont voté pour cette reconnaissance, comme l’a annoncé officiellement Norbert Lambert, le président du Bundestag. Bref, le conflit continue à se complexifier.

[1Durant le siège Kobané, les membres du PYD qui se sont réfugiés en Turquie n’ont pas eu le droit de retourner dans leur ville pour approvisionner les combattants, en revanche les hommes du PDK pouvaient aller et venir sans problème. Cet accord louche a été négocié par le chef du service de renseignement du gouvernement autonome kurde d’Irak, Lahur Talabani, membre du PDK.

[2Voir Zaher Baher : « Confédération démocratique en Rojava », Le Monde Libertaire, janvier 2016.

[3Général Antranik : né en 1865 à Shahin-Karahisar (Anatolie centrale), mort en Californie en 1927. Il entre au parti libéral-démocrate arménien Hentchak, mais le trouvant trop modéré, il rejoint les sociaux démocrates du Dachnak. En 1904, il organise la défense de la ville arménienne de Sassoun dans l’empire ottoman, attaquée par l’armée ottomane et les supplétifs kurdes. Il voyage aussi en Europe et en 1907, il prend contact avec la VMRO (Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne) et participe à ses combats contre les ottomans. En 1912, il fonde un bataillon arménien intégré à l’armée bulgare durant la première guerre balkanique. En novembre 1914, il rejoint l’armée russe du Caucase pour organiser les volontaires arméniens. En 1915, il est nommé commandant de ces volontaires. Lors de l’attaque de la nouvelle Arménie indépendante, il organise la défense de la région du Zanguézour en 1918-1919. Après l’accord Atatürk-Lénine, la grande Arménie indépendante disparaît et Antranik s’exile en Californie où il meurt en 1927. Son corps est enterré au Père Lachaise un mois plus tard. Ses restes seront inhumés dans l’Arménie indépendante dans le cimetière d’Erablur en février 2000.

[4Édité en français chez Albin Michel en 1986, réédité en 2015 à l’occasion du centenaire du génocide.

[5Le MHP est l’expression politique du groupe néo-nazi des « Loups gris » fondé par le colonel Alparslan Türkes, un chypriote turc, un kémaliste devenu ouvertement pro-nazi durant la Deuxième Guerre mondiale. Après guerre, jusque dans les années 90, ses milices attaquaient les militants de gauche et les islamistes. Mais à la fin des années 90, elles se sont rapprochées de ces derniers. Les Loups gris possèdent des bureaux officiels en RTNC (République turque du nord de Chypre) à Famagouste, Kyrénia et Nicosie-nord, protégés par l’armée d’occupation.

[6Trois jours avec l’échec du coup d’État, le président turc a limogés 8.777 fonctionnaires du ministère de l’intérieur dont 30 gouverneurs et fait arrêter 100 policiers. 6.038 militaires sont en garde à vue dont 70 généraux et amiraux, en particulier le général en chef de l’armée de l’air. 2.750 juges ont été révoqués, dont 755 arrêtés.