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Rapport du groupe de travail du Commissariat général au Plan Méditerranée Economies et migrations présidé par Rémy Leveau, rapporteure, Cécile Jolly, La Documentation française, Paris, juin 2000, 80 francs.
Le Commissariat général au Plan,
institution dépendant du Premier
ministre à Paris, a opportunément
publié fin juin un rapport sur le partenariat
euro-méditerranéen, quelques mois
avant que la France n’accueille le 13
novembre à Marseille la quatrième
conférence euro-méditerranéenne.
Préfacé par Rémy Leveau, l’ouvrage,
fruit de six mois de consultations avec
plusieurs dizaines de hauts fonctionnaires
et d’experts, constate combien le
processus initié il y a cinq ans à
Barcelone est en panne.
Le poids du volontarisme européen apparait
déterminant, les pays sud et est méditerranéens
n’étant pas à même d’être les
moteurs d’ un tel processus, écrit la
rapporteure, Cécile Jolly. (Or), ce volontarisme
européen marque aujourd’hui le pas.
Le rapport souligne l’extrême
complexité des procédures de sélection
et d’attribution des aides communautaires
qui doivent accompagner les
Programmes d’ajustement structurel et
d’ouverture des Etats du sud et de l’est
de la Méditerranée à l’économie de
marché et à la globalisation des
échanges. Mais il met aussi en évidence
le faible intérêt que semble représenter
le bassin méditerranéen pour les pays de
l’Union européenne : les enjeux de sécurité
ne sont pas déterminants, les flux
migratoires sont relativement contrôlés,
les échanges économiques sont presque
négligeables sauf pour la France, l’Italie,
la Grèce, l’Espagne, voire l’Allemagne et
la Belgique. Les priorités de l’UE sont
l’élargissement à l’Europe centrale et
orientale avec ses implications économiques,
politiques et institutionnelles, et
la réussite de la monnaie unique. En
matière de sécurité, le danger immédiat
se trouve dans les Balkans. En matière
commerciale, l’UE est surtout interessée à
négocier un meilleur accès pour ses
produits à de grands ensembles économiques
: Amérique latine, Chine...
Les pays du sud et de l’est de la mer
Méditerranée sont quant à eux rétifs à la
transformation de leur économie,
affirme le rapport. Les Etats restent attachés
à une gestion clientéliste des rentes
diverses dont ils profitent. Le secteur
privé ne peut souvent se développer que
dans des niches et dans des activités peu
risquées avec des rendements à court
terme très élevés. L’instabilité politique,
la faible taille des marchés, la corruption,
l’absence d’un cadre juridico-réglementaire
fiable font fuir les investisseurs,
domestiques ou étrangers, alors
même que l’aide publique au développement
occidental est en régression.
Le rapport s’intéresse aux effets positifs
et négatifs de l’objectif du libreéchange,
inscrit dans la Déclaration de
Barcelone. Il ne cache pas les conséquences
difficiles pour la balance
commerciale et les revenus fiscaux des
pays du sud et de l’est de la
Méditerranée, ni les tensions sociales
qui naîtront de la réorganisation des
marchés du travail. Le libre-échange n’est
pas en soi synonyme de croissance et de bien-
être. Il fournit des opportunités, souligne-t-
il, tout en affirmant que ce sont moins
les risques d’une association avec l’Europe
que ces économies doivent craindre que le
risque de l’ouverture qu’ils devront prendre
tôt ou tard, dans un cadre euro-méditerranéen
ou multilatéral.
Le rapport signale par ailleurs les
conséquences politiques d’une ouverture
de l’économie, s’attardant par
exemple sur la fiscalité : pour pallier la
baisse des taxes à l’importation, les Etats
devront sans doute mettre sur pied un
système d’imposition directe, mais cela
demandera une légitimité politique et
une modification du rapport avec le
citoyen qui solliciteront fortement la
capacité des régimes à se démocratiser.
De l’autre côté de la mer Méditerranée,
la libéralisation attendue des
échanges dans le domaine de l’agriculture
provoquera aussi de fortes tensions.
Le rapport estime que l’enjeu n’est pas
tant la perspective d’une exacerbation
de la concurrence sur les produits méditerranéens
qui révolte les agriculteurs
du sud de l’Europe que l’incapacité de la
Politique agricole commune (PAC) de l’UE
à s’intéresser à eux. Celle-ci n’est pas
adaptée à l’ambition euro-méditerranéenne
du processus de Barcelone.
Finalement, le rapport fait cinq
grandes propositions :
recentrer les interventions européennes
sur les pays qui s’engagent
dans un programme de réformes et
rendre cet engagement plus contractuel ;
définir des priorités pour l’aide : la
coopération institutionnelle, l’éducation,
la promotion d’instruments financiers,
les infrastructures régionales, et délocaliser
ces aides ;
créer une institution de concertation
et de suivi permanents des réformes ;
renforcer l’accès au marché européen
en libéralisant les échanges agricoles, en
favorisant l’harmonisation des normes
et la circulation des personnes ;
développer les coopérations triangulaires
Nord/Sud/Sud.
Pour Cécile Jolly, il est temps que l’UE
mette en conformité ses objectifs politiques
de long terme avec sa politique commerciale.
La rapporteure appelle de ses
voeux l’émergence d’un champion européen
qui prendrait fait et cause pour le
processus euro-méditerranéen.