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Les diplomaties des monarchies du Conseil de coopération du Golfe dans la crise syrienne

Fatiha Dazi-Héni: Docteur en sciences politiques. Enseignante monde arabe à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lille, spécialiste des monarchies du Golfe (capmena.org).

Cette contribution a pour objectif d’éclairer les modalités d’engagement des diplomaties du Golfe dans la crise syrienne et d’évaluer les stratégies utilisées dans le contexte d’une puissance globale américaine qui rechigne à intervenir en Syrie. Le Golfe s’est illustré par l’engagement très actif des diplomaties saoudienne et qatarie sur la crise syrienne. Alors que leur objectif commun est de combattre le régime syrien, les deux monarchies vont y contribuer par leurs rivalités, en divisant et semant la confusion parmi les opposants et les combattants syriens sur le terrain. Les Emirats arabes unis de leur côté, très anxieux sur l’après-Bachar et la montée en puissance du djihadisme vont concentrer leurs efforts sur le soutien logistique et humanitaire des populations syriennes réfugiées dans les pays voisins. Le Koweït, dont le gouvernement campe sur une position plutôt réservée, deviendra la base arrière régionale des financements privés qui vont affluer pour soutenir les djihadistes en Syrie. Oman et Bahreïn restent plutôt en retrait, le premier car il a pour tradition de refuser de s’ingérer dans les affaires internes, le second du fait de son alignement sur les positions saoudiennes. La confusion et les rivalités entre pays du Golfe qui ont pris l’ascendant en matière de soutien à la rébellion syrienne vont contraindre le royaume saoudien à changer de stratégie, en concertation avec Washington, et à opter pour une option sécuritaire visant à fragiliser les combattants djihadistes et à renforcer et restructurer l’Armée syrienne libre. L’éviction de Bandar ben Sultan en est la plus claire illustration. Le Qatar est quant à lui plus marginalisé.