Lettre posthume à un ami disparu
Ahmad Moatassime
au Professeur Jacques Berque
mort à 85 ans le 27 juin 1995
dans sa retraite active des Landes
après plus d’un demi siècle
d’action et d’études orientalistes
Nous nous sommes vus pour la dernière fois en Italie, au colloque
international sur la pluralité culturelle, organisé au centre même de la
Méditerranée, à Amalfi, au cours de la première semaine de mai 1995, par
l’Instituto universitario orientale de Napoli. Tu étais accompagné, comme
toujours, par ta femme, la jeune Giulia qui était pour toi plus que
l’assistante scientifique attentionnée et la conseillère appréciée, la bienaimée
et légendaire "comtesse" et, sans aucun doute, le rayon lumineux le
plus puissant de tes derniers jours. A l’ouverture du colloque, tu nous
avais entretenu sur la "mère" Méditerranée, "émanation et aboutissement
prospectif de l’interculturalité", dont tu avais fait ta patrie originelle,
comme en témoignent tes Mémoires des deux rives (Seuil, 1989). En
marge du colloque, tu m’as parlé de tes autres projets de recherche qui
étaient encore immenses, comme si la roue fatale du destin ne devait pas
s’arrêter. Tu avais accepté aussi, obligeamment, le principe de préfacer
mon futur ouvrage et tu m’avais fait l’honneur de vouloir m’associer à un
projet de film sur tes souvenirs, avec Marc Ferro et l’Institut National de
l’Audiovisuel. Film qui ne verra pas le jour, ton décès étant survenu le 27
juin 1995.
Moatassime