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Nice et ses musulmans : une intégration refusée ?

Robert Bistolfi: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée.

Endeuillée par l’un des attentats les plus meurtriers liés à Daech, Nice n’a pas été choisie au hasard. La Promenade des Anglais est bien connue, son prestige est associé au soleil et à la légèreté des vacances. L’écho médiatique de l’événement ne pouvait être que mondial. On dit que l’État islamique en recul au Proche-Orient a ainsi voulu rappeler que sa capacité de nuisance demeurait forte. D’autres analyseront cette dimension-là de l’événement, mais pour ce qui est de la France, le choix de Nice n’a pas été anodin pour d’autres raisons. Le paravent trompeur des palmiers masque des inégalités et des frictions bien réelles. Le nombre de musulmans est aujourd’hui significatif, et ils sont visibles – légitimement – dans l’espace public. La droite extrême qui domine ici a préféré manipuler les questions identitaires plutôt que d’affronter les défis et les efforts d’une réelle intégration sociale. La réalité des tensions sociétales a fait croire aux terroristes que la situation était exploitable, que la tuerie susciterait des violences antimusulmanes en retour. Leur choix du 14 juillet a voulu de même manifester symboliquement le refus d’une communauté politique égalitaire. Le but recherché – un déchaînement des affrontements – n’a pas été atteint. Pour le moment ? On doit se féliciter des réactions dignes, de la retenue dont, en général, la ville a su faire preuve. Mais, après l’émotion, le temps du deuil doit déboucher sur celui de la réflexion. Dans la démarche d’accueil des musulmans, la société niçoise avait-elle su affronter à la juste hauteur les défis d’une diversité culturelle inédite ? Sauf brillantes exceptions, le personnel politique a sur ce point été défaillant. Le riche particularisme nissart (catholicisme de tradition, dialecte original…) a été utilisé dans une démarche de repli et d’exclusion concernant l’Islam. Dans l’espace urbain, on a voulu contraindre la présence musulmane, l’effacer au maximum, la maintenir dans l’espace clos et discret de la famille, à la périphérie du cœur actif de la cité. Avec un simple dépouillement de la presse, on peut suivre au fil du temps ce refus des édiles d’admettre véritablement la composante musulmane de « leur » ville, cela en lui imputant l’intégrale responsabilité de son exclusion. N’en déplaise au Premier ministre qui avait affirmé qu’expliquer c’est déjà excuser, un rapprochement est inquiétant : les départs en Syrie à partir des Alpes-Maritimes ont été parmi les plus nombreux de l’Hexagone.