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Quand la Grèce montre la voie à la gauche européenne

Christophe Chiclet: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée

Dans l’ensemble de l’UE, les forces de gauche organisées autour des partis socialistes ont adopté la politique de l’offre et ont pris le tournant social-libéral, soutenant ou mettant en place des politiques d’austérité et de rigueur dans leurs pays. En Grèce, il n’en est rien à cause de la spécificité historique des forces de gauche dans ce pays très particulier. C’est le parti communiste lié à Moscou (KKE) qui a incarné la gauche grecque jusqu’en 1974. Mais après la chute de la dictature militaire, un nouveau venu est apparu sur la scène politique de la gauche, les socialistes atypiques du PASOK. Mélangeant marxisme, populisme, clientélisme, nationalisme, ces socialistes ont phagocyté en grande partie cet espace politique et le pouvoir pendant plus de vingt ans. Passés à la social-démocratie, ils n’ont pas eu le temps de passer au social-libéralisme, s’étant effondrés lors des élections de 2012. Cette chute dans l’opinion a été précipitée par une autre force de gauche, ni communiste à l’ancienne, ni socialiste usée par le pouvoir et les affaires : la Syriza. Issu du mouvement communiste de la résistance et de la guerre civile, ce parti est une spécificité historique grecque né de la scission du KKE dès 1968. Les pères de la Syriza avaient vingt ans d’avance sur Gorbatchev. Leurs fils n’ont plus rien à voir avec les dérives, les défaites, les tragédies de leurs pères et grands-pères. Il s’agit d’une nouvelle gauche qui prône la résistance sociale contre le libéralisme et la finance qui ont gravement paupérisé la Grèce, revenue près de quarante ans en arrière en niveau de vie. Aux dernières élections de 2014, la Syriza est devenue la première force politique du pays, ce qui ne fait pas que des heureux d’Athènes à Bruxelles, du Pirée à la City. A l’heure où l’ensemble du paysage politique de l’Europe se droitise, en Grèce on semble ne rien faire comme sur le reste du vieux continent. Une expression grecque semble illustrer ceci. Lorsqu’un Grec va à Rome, Londres ou Varsovie, il dit : « Pao stin Evropi » (Je vais en Europe), souvenir d’un passé byzantin, puis ottoman. C’est ainsi que l’histoire du socialisme et du communisme en Grèce a de très fortes spécificités que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.