Depuis quelques années, nous sommes entrés dans une nouvelle phase historique pour la construction européenne avec notamment la réfl exion inachevée sur les institutions, l’élargissement vers l’Est et les négociations avec la Turquie.
Dans ce vaste et complexe processus politique, la question des relations entre l’Europe et les États situés au sud de la Méditerranée s’avère d’une importance stratégique décisive comme l’a montré la création de l’Union pour la Méditerranée qui va tenter de relancer le processus initié à la conférence de Barcelone en novembre 1995. Si cet ambitieux projet, qui va bientôt entamer sa quinzième année, a donné beaucoup de résultats intéressants, il n’a certainement pas produit ce qu’on pouvait en attendre pour rapprocher les peuples des diff érents pays du bassin méditerranéen et faire de ce vaste ensemble « un espace de paix, de sécurité et de prospérité », pour reprendre les termes de la Déclaration fi nale de Barcelone.
Il importe donc de lui insuffler une nouvelle dynamique notamment dans le domaine culturel où il est patent que les événements tragiques du 11 septembre 2001 ont contribué à accentuer les fractures qui existaient entre les rives de la Méditerranée en renforçant les incompréhensions réciproques et les peurs de l’Autre. Dans ces enjeux majeurs pour les temps qui viennent, si les responsabilités des pouvoirs publics sont essentielles, celles de la société civile ne le sont pas moins. C’est en eff et aussi à ses membres, à ses associations, à ses institutions qu’il incombe de lancer des idées, des pistes, des initiatives pour que ces grands défis soient relevés.
Dans cette configuration géopolitique préoccupante, les universités sont des acteurs clés puisqu’elles sont le lieu de la formation de celles et de ceux qui deviendront demain les nouveaux cadres de leur nation.
C’est dans cette perspective que l’université de Cergy-Pontoise (UCP) a décidé de prendre sa part, aussi modeste soit-elle, dans cet eff ort nécessaire de rapprochement et d’apprentissage de la connaissance de l’Autre. Dans ce cadre, plusieurs manifestations s’inscrivant dans les enjeux euro-méditerranéens de l’Union européenne mais aussi dans les problématiques locales d’intégration ont été imaginées. Parmi d’autres, un colloque international a réuni, en février 2004, les partenaires européens et méditerranéens de l’université sur le thème de « La transformation de l’État en Méditerranée » et une conférence a rassemblé à Beyrouth, en juin 2004, les doyens des facultés de droit des pays arabes et de certains pays européens où les participants ont exprimé leur volonté de favoriser le dialogue entre jeunes euro-méditerranéens par la mise en place d’espaces de partage et d’échanges.
Ces réflexions ont abouti à la première rencontre de « 100 jeunes de l’espace euro-méditerranéen » qui s’est tenue en mars 2005 à l’université de Cergy-Pontoise. Elle a permis de faire venir plusieurs dizaines d’étudiants, accompagnés de quelques– uns de leurs professeurs issus de douze pays (Algérie, Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Italie, Jordanie, Liban, Maroc, Tunisie, Turquie et France.) et d’une vingtaine d’universités. Cette rencontre, ouverte par le maire de Cergy et le président de l’UCP et soutenue par la Région Ile de France et l’UCP, a duré trois jours pendant lesquels les participants, regroupés dans plusieurs ateliers de discussions, ont essentiellement débattu de la question de la citoyenneté dans les pays de l’espace euromed.
L’intérêt de ces échanges et la possibilité qu’ont eue ces jeunes d’horizons très différents qui n’avaient jamais eu l’occasion de se retrouver ainsi dans un forum international ont fait que les responsables de cette initiative ont décidé d’inscrire cette formule de partage et d’échanges dans la durée. D’où la décision de créer une association : le Réseau Euro-Méditerranéen d’Universitaires (REMU). Cette association, indépendante de l’université de Cergy-Pontoise mais soutenue par elle, regroupe les universitaires (étudiants, anciens étudiants ayant participé au réseau, professeurs et responsables administratifs) qui ont participé à ces initiatives et qui entendent poursuivre ce type d’actions dans les prochaines années.