Numéros parus
Un automne méditerranéen
N° 67 Automne 2008

Depuis fort longtemps, les turbulences de la Méditerranée constituent un authentique baromètre de la situation stratégique internationale, rythmant bien souvent l’actualité médiatique par une série ininterrompue de promesses politiques et de faits tragiques. Ces dynamiques à contre-courant qui parsèment le théâtre méditerranéen, où jamais ne s’imbriquent vertueusement les signaux d’espoir, les bonnes intentions et les urgences du quotidien, façonnent dans les esprits un spleen géopolitique régional. Et celui-ci semble désormais malheureusement plus proche d’un pessimisme de l’intelligence que de l’optimisme de la volonté. A ce titre, 2008 aura été une année sans aucune doute révélatrice de cette mélancolie méditerranéenne. On y annonçait le retour de la paix et du dialogue au Proche-Orient. On y creusait de nouveaux sillons pour la coopération euro-méditerranéenne. On y prédisait de multiples développements économiques et sociaux, car nul doute, selon certains commentateurs généreux, que cette Méditerranée ne saurait demeurer à l’écart de la mondialisation. Or, une fois encore, cette homélie méditerranéenne peine à se traduire dans des faits concrets, laissant cette impression désagréable que l’automne politique dure toujours plus longtemps que les utopies du printemps dans cette région du Monde. L’équipe de rédaction de Confluences Méditerranée, présageant que les promesses seraient à nouveau intraduisibles dans la réalité, s’est décidée avant l’été, à modifier sa planification éditoriale, pour consacrer son numéro de l’automne 2008 à ces phénomènes dissonants tout en apportant de nouvelles tonalités sur la situation de certains pays méditerranéens. (...)

La rédaction de cet article a pris fin début septembre.

Chrétiens d’Orient
N° 66 Eté 2008

Les temps actuels sont particulièrement tragiques pour les Arabes chrétiens. Bien sûr, dans plusieurs pays, leurs souffrances ne font pas exception et leurs concitoyens musulmans pâtissent autant de situations à tout le moins délétères. Les uns et les autres subissent l’occupation (territoires palestiniens), la guerre (Irak), l’incertitude politique et économique (Liban, Égypte).

Cependant, dans certains pays, les chrétiens sont également victimes en tant qu’ils appartiennent à une minorité religieuse. L’Irak offre tous les jours des scènes de violences à leur endroit (enlèvements, meurtres, imposition du voile, incendies d’églises). La mort de Mgr Rahho, l’évêque chaldéen de Mossoul, en mars 2008, et celle de Boulos Iskandar en octobre 2006 après qu’il refusa de se convertir, aussi tragiques soient elles, ne sont que la partie médiatisée de la tragédie que subissent leurs coreligionnaires dans un pays que le président américain George W. Bush voulait ramener à la démocratie.

Dans ce moment de crispation, particulièrement brutal, la revue Confluences Méditerranée souhaite faire un retour sur la situation des chrétiens au Proche-Orient, une question qui a été longtemps éludée. Dans une interview accordée en mars 2008 au quotidien libanais l’Orient le jour, Régis Debray avançait une hypothèse tout à fait recevable pour expliquer ce silence : « Les chrétiens d’Orient sont trop arabes pour les Occidentaux bon teint et trop chrétiens pour les progressistes bon teint. C’est embarrassant, ils ne rentrent pas dans la division simpliste de la région. Sont-ils avec les bons ou les méchants ? »

Le silence sur les minorités en souffrances, quelles qu’elles soient, est coupable. En outre, dans ce cas précis, il montre que l’on est loin d’avoir compris que le maintien de chrétiens dans les sociétés arabes est, à la condition qu’il se fasse dans des conditions dignes, une réponse à la conjecture dangereuse du choc des civilisations. Si d’aventure la ligne de fracture entre chrétiens et musulmans se confortait au cœur des sociétés de la région, alors les prédictions d’Huntington pourraient trouver ici un terrain d’illustration. Mais il semble heureusement que tel ne soit pas le cas, même si cette idée est entretenue par des groupes fondamentalistes qui assimilent les chrétiens arabes aux croisés, avec toutes les conséquences qui se manifestent brutalement à certains endroits comme en Irak.

Les chrétiens ont toujours été parties prenantes des sociétés proche-orientales. Ils ont été souvent – et le sont encore aujourd’hui – engagés dans la vie économique, intellectuelle et politique. Il n’est qu’à considérer leur rôle dans la renaissance arabe (Nahda) ou bien, plus récemment, dans les causes politiques qui ont traversé la région (le nationalisme arabe, la libération de la Palestine), sans compter qu’ils ont été des ferments de laïcité dans certains territoires. Ainsi leur présence, aux côtés de leurs compatriotes musulmans, peut être encore un ferment de démocratie et de séparation des ordres spirituel et politique.

Pierre Blanc, coordinateur du numéro

Le Maghreb face à la mondialisation
N° 21 Printemps 1997
La Méditerranée du Sud et de l’Est est, dans son ensemble, restée à l’écart de ce qui est apparu comme l’évolution la plus marquante de l’économie mondiale au cours des dix dernières années : l’émergence d’un nombre grandissant d’économies en développement dont la croissance s’est accélérée et dont l’insertion dans les flux d’échanges et les flux financiers internationaux a fortement progressé. Parmi les pays méditerranéens, certains ont enregistré, dans ces deux domaines, des progrès notables. Mais d’autres ont stagné. Pour d’autres encore, la chute des prix des hydrocarbures a marqué l’épuisement d’un mode de développement nourri par la rente : ils ont connu une forte récession et leur part dans les échanges mondiaux a régressé. Au total, le revenu des habitants de l’ensemble de la région n’a, en moyenne, plus progressé depuis 1985. Les transformations structurelles, bien que très inégales selon les pays, ont été souvent plus tardives et moins décisives qu’ailleurs. Les pesanteurs internes ont joué à cet égard un rôle évidemment essentiel. Mais l’attitude des pays européens et l’orientation de la coopération, trop souvent conservatrices et attachées à préserver les acquis des uns et des autres, n’ont pas incité à des transformations plus rapides. L’effet d’entraînement qui pouvait être attendu d’une relation privilégiée de proximité n’a été à la hauteur ni de l’ambition affichée par l’Europe ni de l’attente des pays méditerranéens.
Villes exemplaires, villes déchirées
N° 10 Printemps 1994
Villes portuaires ouvertes par nature aux voyageurs de toute provenance. Escales d’un jour, devenues asiles pour la vie. Villes accueillantes pour ceux qui, persécutés ailleurs pour leurs différences, ont pu y trouver refuge. Villes prospères aux activités innombrables, cibles des ambitions et des fortunes les plus diverses… Telles furent les cités phares de Méditerranée, devenues plurielles au fil du temps pour avoir accueilli tant de diversité… Villes exemplaires pour avoir offert à leurs habitants, dans la multiplicité de leurs appartenances et de leurs cultures, les conditions d’une coexistence intelligente, ces cités, nées de la grande variété des cultures qui se sont développées autour de la Méditerranée, ont elles-mêmes, de par la nature de l’organisation sociale qu’elles ont générée, été la source d’une pluralité sans cesse renouvelée… Multiples, elles ont attirés les différences. Ouvertes, elles ont absorbé les arrivants. Elles se sont épanouies, aménageant leur structure urbaine en fonction de cette foule de communautés, de langues, de religions et de toutes les expressions qu’elles ont su faire naître. Elles furent le lieux de prédilection des rêveurs, des poètes, des grands voyageurs, de toutes les âmes curieuses que les horizons familiers ne pouvaient plus contenter… Cités modèles pour les universalistes en quête d’une culture sans frontière, elles représentent pour les humanistes un idéal de coexistence qui semble aujourd’hui de l’ordre du mythe, tant les manifestations des replis identitaires et des conflits entre les communautés sont violentes et ne semblent laisser aucune chance de survie à ce modèle qui, en l’absence d’une volonté politique, voit se transformer les raisons mêmes qui ont rendu possible cette coexistence harmonieuse en autant de facteurs de destruction.
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